System Shock 2 : il ne reste qu'une porte vers le Von Braun
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Assemblé à partir de mods officiels et communautaires, le remaster divise les joueurs : restauration fidèle pour les uns, ravalement de façade sans raison d'être pour les autres.
Un vaisseau détourné, et une seule écoutille encore ouverte
Acheter le System Shock 2 d'origine, celui de 1999, n'est plus possible : Nightdive Studios l'a retiré des boutiques PC, et pour reparcourir les coursives du Von Braun, il faut passer par ce remaster — qui, depuis, embarque le vieux jeu avec lui, inclus pour qui achète la nouvelle version.
L'histoire commence en 2114, à bord du Von Braun, de FTL. On se réveille d'un sommeil cryogénique sans savoir qui l'on est ni comment on est arrivé là, et le vaisseau n'obéit plus à personne : SHODAN, l'intelligence artificielle censée servir l'équipage, a pris le contrôle, répandu des hybrides mutants et des robots dans les coursives et réduit ce qui restait de l'équipe à des cris résonnant dans une coque froide. Avant d'embarquer, on choisit l'une des trois unités militaires — l'O.S.A., les Marines ou la Navy —, et ce choix change la manière de jouer pour tout le reste de la traversée.
Le jeu croise le tir en vue subjective avec une évolution de personnage façon jeu de rôle, un mélange qui, d'après la fiche du studio lui-même, a aidé à poser des fondations que ces deux genres n'ont jamais abandonnées. La version remasterisée a aussi ouvert la traversée du Von Braun à deux personnes : la coopération entre plateformes différentes permet de descendre les ponts depuis un ordinateur aux côtés de quelqu'un installé sur une autre machine.
L'original a disparu, le correctif est arrivé en portugais
Entre la fin de 2025 et mars 2026, Nightdive a testé puis publié le Patch 1.3, qui a entièrement réécrit le code réseau du jeu pour limiter les coupures de connexion et qui prévient désormais le joueur lorsqu'une erreur réseau survient, au lieu de le renvoyer au menu principal sans explication. Le même correctif a apporté les premiers sous-titres en portugais du Brésil de la série, ainsi que de menus réglages : une touche de sauvegarde rapide pour qui joue à la manette, un verrou sur l'emplacement réservé à la sauvegarde automatique, la prise en charge du gyroscope sur Steam Deck.
Ces sous-titres sont arrivés après une annonce plus sèche : en octobre 2025, Nightdive a confirmé qu'il retirerait le System Shock 2 d'origine des boutiques PC. Qui le possédait déjà a conservé son accès ; qui ne le possédait pas a perdu l'occasion de l'acheter séparément. À partir de là, l'original de 1999 s'est retrouvé intégré à l'achat du remaster — et c'est cette fusion entre le vieux jeu et les mods devenus remaster officiel qui sépare en deux camps ceux qui y ont joué.
Un patchwork qui convainc les habitués du genre
Sur Steam, où le jeu est également vendu, les joueurs sont partagés — et le partage commence par la reconnaissance. L'un, 14 heures passées dans le vaisseau et un texte écrit en portugais, compare la découverte au fait de remonter enfin à la racine des habitudes d'un parent : il y reconnaît l'esquisse de toute une génération de jeux venus ensuite, Bioshock parmi eux. Un autre, 16 heures au compteur, résume la même sensation sans détour et parle de l'édition définitive du jeu.
Celui qui a passé 63 heures à bord est plus précis : il qualifie le travail technique d'irréprochable, sans la moindre plainte sur l'adaptation, et décrit comment changer de munitions pour chaque type d'ennemi cesse d'être de la paperasse pour devenir de la tactique — sa seule réserve porte sur l'équilibre sonore, héritage de jeux plus anciens. Un troisième, 20 heures, va droit au point que la presse relève aussi : toute la reconstruction, textures, modèles, corrections et équilibrage, a été faite à partir de mods officiels et de mods de la communauté, et il juge le résultat fidèle à l'original.
Le même joueur qui comparait le vaisseau aux retrouvailles avec un parent est aussi celui qui nomme le prix de cette fidélité : des menus qui s'ouvrent et se ferment chaque fois qu'on fouille un conteneur ou qu'on écoute un enregistrement audio, des pouvoirs presque tous inutiles, des munitions à changer sans arrêt selon le type d'ennemi — une mécanique qu'il connaissait de Bioshock, mais qui lui a paru ici plus lassante, plus répétitive.
Un rafistolage de mods, pas un remaster
Le reproche le plus dur naît de la pièce même que les fans louent. Avec 2 heures de jeu seulement et un texte en anglais, un joueur ne voit aucune raison d'être au remaster : c'est la base habituelle, avec des mods communautaires déjà connus réunis dans un seul paquet — sauf que, l'original ayant quitté la vente, refaire l'opération soi-même est devenu plus compliqué. Pour lui, Nightdive ne mérite aucun crédit, sinon auprès de qui veut jouer aux côtés de quelqu'un sur une autre plateforme.
Un joueur fort de 31 heures de vaisseau va plus loin et met l'original en regard : pour lui, les pouvoirs psioniques sont presque toujours passifs et peu amusants à employer, et les armes classiques ne valent pas l'investissement ; le fusil d'assaut, par exemple, réclame une pile d'améliorations juste pour égaler le pistolet, et la solution finit par être d'alterner pistolet et fusil à pompe pendant toute la traversée. Le pire, à ses yeux, c'est la signalisation : la flèche censée mener à la galerie marchande du vaisseau s'arrête au jardin ; celle qui pointe vers le jardin s'arrête au casino ; celle qui indique les quartiers de l'équipage débouche sur un couloir sans issue, à côté d'un billard oublié.
Un texte en russe, signé de quelqu'un qui a joué 7 heures, n'épargne aucun adjectif : il qualifie l'expérience de pire chose qu'il ait jouée et déconseille d'y toucher. C'est le sommet de la colère sur la page — mais lu à côté du réquisitoire des 31 heures, il montre aussi tout l'attachement que cette série exige encore de ceux qui la connaissent : on n'écrit pas avec cette rage sur un jeu qui n'a pas compté.
Qui doit monter à bord, et qui doit rester à quai
Qui aime déjà le mélange de tir et de progression de personnage, et que l'idée d'un jeu passé d'une main à l'autre — de la création d'origine à une restauration faite de mods — ne gêne pas, trouvera ici un confort que la version de 1999 n'a jamais eu : des sous-titres en portugais, une connexion plus stable, la compagnie de quelqu'un sur une autre plateforme pour se partager les ponts. Qui cherche le produit de 1999 intact, en revanche, ne le trouvera plus nulle part en dehors de ce paquet — et qui s'agace vite d'une signalisation qui se trompe de chemin, ou d'un inventaire qui casse le rythme pour changer de munitions sans cesse, a été prévenu par ceux qui ont traversé le vaisseau avant lui.
Ce qui reste du Von Braun a été rafistolé avec des pièces empruntées — et pour une bonne part de ceux qui ont embarqué, cela suffit encore.