Trois ans de Google Maps pour dessiner une Venise où le studio n'a jamais mis les pieds
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La même carte qui réveille des souvenirs d'enfance est aussi la raison la plus citée par ceux qui lâchent le jeu à mi-parcours.
Une Venise peinte par ceux qui n'y sont jamais allés
Le studio chinois Memo Gogo n'a jamais mis les pieds à Venise. Trois ans durant, Google Maps et des piles de livres de voyage ont tenu lieu du voyage que ses créateurs auraient voulu faire et n'ont pas pu, et c'est ainsi, recoin après recoin, que la ville des canaux est devenue le décor d'un jeu. Sophia the Traveler transforme cette matière en un livre illustré de recherche d'objets : chaque scène est peinte à la main pour ressembler, selon les mots du studio lui-même, à un tableau, et c'est là que se cachent la petite Sophia, le chien Mike, l'ara Polly et des dizaines d'autres personnages et objets que le joueur doit repérer avant de tourner la page.
Le jeu compte dix scènes, toutes situées dans Venise, et le doublage circule entre le mandarin, l'anglais, l'italien, le français, le cantonais et le min nan, y compris le dialecte de la province du Fujian, d'où vient l'équipe, qui a tenu à enregistrer la langue de sa propre ville natale. Aucune publicité ne mentionne ce détail, mais il dit le soin artisanal que le reste du jeu s'efforce de tenir : une signature personnelle plutôt qu'une chaîne de montage.
Le studio parle déjà de poursuivre le voyage : la description du jeu invite elle-même les joueurs à voter pour la prochaine destination de Sophia, entre la Chine de la dynastie Tang, la France et les Pays-Bas. Promettre le chapitre suivant alors qu'on en est à la première Venise en dit long sur l'usage que le studio compte faire de ce personnage, et sur tout ce qu'il reste de monde à parcourir à Sophia.
Une scène à la fois, et le jeu se détend
Sur Steam, où le jeu est vendu, il suffit de lire plus d'un avis positif pour voir un motif se dessiner. Ceux qui en sont à deux heures conseillent d'en prendre peu à la fois, sans quoi la répétition lasse. Ceux qui ont atteint six heures confirment la limite : le début amuse, mais les décors les plus vastes usent la patience, et à la fin seule la loupe s'en sort.
Un avis de septembre 2026 compare la recherche au feuilletage d'un album d'images de l'enfance, signale Mr. Bean et Dumbo cachés entre les bâtiments, mais remarque que personnages et bande-son se répètent de scène en scène : le même morceau classique revient plus d'une fois. Son auteur, trois heures de jeu au compteur, finit malgré tout par espérer une suite. Une autre personne, quelques heures seulement à son actif, reconnaît au studio d'avoir fait ses devoirs : jamais allé à Venise, mais il a manifestement étudié la ville à fond, le trait le plus fort de tout le graphisme.
La synthèse que partagent presque tous ceux qui le recommandent est la même : le dessin convainc, c'est le rythme qui impose des parties courtes et espacées. Et c'est cette exigence, grande scène et souffle court, qui sépare ceux qui vont aimer de ceux qui vont renoncer, comme le montrent les avis qui recalent le jeu.
Le reproche qui revient : grande carte, indice qui n'aide pas
Les reproches ne portent pas tous sur la taille de la carte. Un avis en portugais, daté de 2025, affirme que le jeu arrive avec des bugs et que le studio n'a pas répondu lorsque d'autres joueurs ont soulevé le même problème dans les discussions de la boutique. Un autre, écrit en 2026, énumère des défauts épars : des arbres plantés dans l'eau, des fenêtres qui s'ouvrent du mauvais côté.
Le reproche le plus fréquent reste pourtant celui qui affleurait déjà du côté des satisfaits : une carte bien trop grande, un indice qui ne situe rien. Un avis décrit une zone aux quatre-vingts fenêtres disposées sur deux rangées ; le chien se tenait derrière l'une d'elles, et le seul repère était qu'il était monté. Celui qui a passé treize heures sur le jeu, plus que quiconque dans cette liste, a continué de trouver l'échelle imprévisible : une simple salle de musée à côté d'une carte qui relie six îles par un pont, et passer de l'une à l'autre n'avait rien de plaisant. Un dernier avis résume la fatigue physique du problème : les yeux font mal tant les choses sont éparpillées à l'écran, comme si quelqu'un avait laissé tomber une bague dans un tas d'ordures et devait la retrouver sans aide.
Le motif laisse entendre que le problème ne tient pas au principe de la recherche d'objets : il tient à la taille de chaque scène et à la capacité de l'indice à guider celui qui cherche.
Pour qui a de la patience à revendre, à petites doses
Sophia the Traveler rend service à ceux qui traitent les casse-tête comme un livre de chevet : une scène par séance, au rythme que les avis recommandent eux-mêmes, avec le dessin peint à la main et les références cachées qui tiennent leur promesse. C'est ce rythme espacé qui évite le problème cité des deux côtés : une carte bien trop grande, un indice qui ne situe rien. Qui tentera de traverser Venise d'un seul coup, en une seule séance, s'y heurtera de plein fouet : le dessin qui émeut dans une petite scène devient chasse au trésor sans balise dès que le décor s'agrandit. Et qui arrivera au bout aura encore où aller : le studio lui-même promet déjà une prochaine destination, entre la Chine de la dynastie Tang, la France et les Pays-Bas, pour qui choisira de voter.