Prévenez-moi

Martial Law : un Noël sous loi martiale, raconté dans un polonais que les Polonais ne reconnaissent pas

GOG
TOUJOURS GRATUIT SUR GOG

Sans échéance : il reste au catalogue jusqu’à ce que la boutique le retire.

Récupérer sur GOG ↗

La récupération se fait sur votre propre compte de la boutique ; Clairo ne le récupère pas à votre place.

La disponibilité peut varier selon la région.

Né d'un marathon de développement, le jeu sépare ceux que son histoire émeut de ceux qui exigent de la rigueur de qui promet d'enseigner la véritable histoire.

Un père, une poupée et un Noël difficile

Le plus grand faux pas de Martial Law ne tient pas à l'intrigue : il tient à la bouche des personnages. Le jeu tente de reconstituer la Pologne sous loi martiale en 1981, mais quiconque a grandi près de cette période reconnaît, dans les répliques, le polonais contemporain — non celui d'alors. C'est le reproche qui revient le plus souvent chez ceux qui y ont joué sans être conquis. Le jeu est né d'un marathon de développement, la Game Jam Polskigamedev.PL de 2021. Il est arrivé en boutique en mai 2022, de la main du studio FIXER, chargé aussi bien du développement que de la distribution.

Vous vous glissez dans la peau d'un père tenu à l'écart de sa fille par sa propre condition sociale modeste, et vous cherchez à la rejoindre un soir de Noël en pleine loi martiale, une poupée, des mandarines et des sucreries sous le bras. En chemin, vous croisez un fils en conflit avec sa mère, une veuve affectueuse, un policier et une femme avec qui vous convenez d'un rendez-vous — chaque choix infléchit le cours de la nuit, et le jeu réserve plusieurs fins différentes à qui parvient au terme.

La fiche de la boutique range le jeu parmi les catégories Historique, Aventure et Visual Novel, et c'est là aussi que se niche le détail le plus étrange de tous : bien que sorti en 2022, il reste étiqueté accès anticipé — une mention qui cadre mal avec le nombre de gens qui y ont joué et l'ont commenté depuis.

La nostalgie qui atteint même ceux qui n'ont jamais visité la Pologne communiste

L'éloge qui revient le plus est le même depuis la sortie : l'histoire émeut plus que la taille du jeu ne le laisse croire. Une critique de juillet 2022 décrit le périple du père à la recherche des cadeaux comme une leçon d'histoire qui fonctionne aussi comme un drame, et dit avoir appris, en jouant, des choses qu'elle ignorait sur l'époque. Du côté polonais, un commentaire de mai 2022 reconnaît les défauts du texte, mais les pardonne parce que le jeu est issu d'un marathon d'un week-end — et s'achève en souhaitant bonne chance à un projet plus vaste du même studio.

Celui qui a commenté en portugais, en avril 2024, résume l'effet sans détour : il ne connaissait rien de l'histoire polonaise et l'a tout de même apprécié. Du côté français, un commentaire de mai 2022 décrit l'expérience comme assez courte pour tenir en une seule séance et néanmoins satisfaisante — signe que, pour ce public, la petite taille n'est pas un défaut, mais la juste mesure. Un commentaire de janvier 2026, le plus récent parmi les éloges, voit dans le jeu un geste de solidarité entre des gens qui ont porté la même douleur sans jamais parvenir à la nommer, et note que seul celui qui n'a pas vécu cela traite le sujet comme de la fiction spéculative, à la manière de THX et de 1984.

Tout éloge ne va pas sans réserve. Une critique de novembre 2024 apprécie le style rétro et l'histoire, mais déplore combien le jeu se termine de façon tronquée : les fins arrivent abruptement, et des mécaniques restent en suspens — tel un coup de poing qui ne sert presque jamais — sans jamais devenir un vrai jeu.

0 ont aimé0 non

La mesure que le jeu dresse lui-même est celle qui le fait tomber

Martial Law promet de montrer ce qu'était la vie sous loi martiale, et c'est précisément sur cette promesse que les critiques les plus sévères lui demandent des comptes. L'avis négatif que le plus de gens ont marqué comme utile, publié en mai 2022, vient de quelqu'un qui dit être né près de cette période et dans le pays même qui est dépeint. Le grief ne porte pas sur l'intention — il concède que montrer aux étrangers la dureté de la Pologne communiste est une idée valable — mais sur la voix des personnages : elle parle comme quelqu'un qui a appris cette époque par le cinéma et le souvenir des aînés, non comme quelqu'un qui l'a vécue, et bute sur des fautes de grammaire dans sa propre langue qu'un natif ne commettrait pas.

Chez ceux qui commentent en polonais, la plainte revient en d'autres termes : l'intrigue manque, les dialogues sonnent naïfs et les pincées d'histoire — comme les définitions de Pewex et de CPN qui surgissent en chemin — semblent recopiées d'une entrée d'encyclopédie, non vécues à travers l'histoire du père et de la fille. Une critique de mai 2023, en anglais, aboutit à la même conclusion par un autre chemin : elle juge le scénario écrit par des gens ayant peu vécu la période, relève des coquilles et regrette que les choix du joueur ne changent presque rien au-delà du texte à l'écran. En décembre 2025, un autre commentaire résume le problème en une phrase : l'intention est bonne, c'est le vocabulaire qui gâche l'atmosphère.

Malgré tout, presque personne parmi ceux qui se plaignent ne dit regretter d'avoir joué. Le grief ne porte pas sur la soirée perdue — il porte sur l'occasion perdue de tirer du sujet plus qu'il n'a donné.

Qui en sort satisfait, et qui en sort à compter les erreurs

Martial Law rend bien pour qui accepte une scène courte, presque une vignette, et n'exige pas du scénario la rigueur d'un documentaire : le mélange de choix, de drame familial et de bribes d'histoire fonctionne pour qui n'avait jamais entendu parler de Pewex ou de CPN et en ressort en en sachant un peu plus. C'est aussi un terrain confortable pour qui aime boucler un jeu d'une seule traite et flâner parmi les différentes fins sans plus d'engagement.

Qui est déçu était venu chercher ce que le jeu promet, de fait, de livrer : une reconstitution fidèle de la façon dont on parlait et dont on vivait dans la Pologne sous loi martiale. Pour ce lecteur — surtout celui qui a quelque proximité avec la langue ou avec l'histoire du pays —, l'étiquette d'accès anticipé que la boutique emploie encore paraît plus juste que n'importe quelle critique : le projet demeure inachevé là même où cela comptait le plus.