
Dagon : la confession d'un mourant devenue horreur cosmique en 3D
Sans échéance : il reste au catalogue jusqu’à ce que la boutique le retire.
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La disponibilité peut varier selon la région.
Ceux des premiers jours ont salué la voix qui raconte la folie ; ceux venus des années plus tard demandent si c'est encore un jeu.
Une lettre écrite par un homme qui se sait sans lendemain
Un ancien officier de marine, rongé par la morphine, couche ses derniers mots en sachant qu'il ne passera pas la nuit. C'est à partir de cette confession que Dagon, adaptation en 3D de la nouvelle de H. P. Lovecraft, place le joueur sur une île noyée, couverte de sédiments et de choses qui n'auraient jamais dû porter de nom, vue par les yeux d'un homme qui perd la raison à mesure qu'il raconte.
Le déplacement est réduit au minimum : on peut observer la scène sous presque tous les angles et cliquer sur des points d'intérêt pour révéler des indices, faire avancer l'histoire ou ouvrir des capsules de contexte sur Lovecraft et son œuvre — mi-pièce narrée, mi-cours accéléré sur l'auteur, le tout avec un doublage anglais intégral. L'expérience tient en une trentaine de minutes, de quoi remplir une seule séance sans pause.
Le studio Bit Golem a sorti Dagon le 27 octobre 2021, et la fiche de la boutique classe toujours le jeu en accès anticipé, une étiquette que personne n'a retirée depuis. Qui veut plus que l'histoire de base trouvera une extension payante à part, avec un livre audio et un livre numérique illustré en supplément : c'est un bonus, pas le paquet principal posé sur l'étagère.

Qui accepte un livre audio en ressort satisfait
Les éloges sont arrivés en grappe dès la sortie. Celui qui a écrit le 28 octobre 2021 n'avait jamais lu Lovecraft et décrit Dagon comme la porte d'entrée qui lui manquait : la voix du narrateur et la bande-son d'ambiance portent la scène, et les capsules de contexte sur l'auteur et sa mythologie font office de cours accéléré pour qui ne connaissait Cthulhu que par des références éparpillées dans d'autres jeux. Un autre lecteur de la même vague a acheté l'extension payante dans la foulée et s'est mis à espérer d'autres nouvelles de l'auteur adaptées de la même manière — signe que la courte durée ne fait pas fuir, elle retient.
Tous les éloges ne vont pas sans réserve. Une critique favorable, publiée le 31 octobre 2021, sépare ce qui fonctionne de ce qui boite : les décors terrestres — la chambre d'hôtel, le couloir d'hôpital — tiennent bien l'ambiance, mais l'île du titre, le sommet censé rassembler toute l'horreur, offre moins que ce que promet le reste du jeu. Dans la même fournée de critiques, un fan est allé au-delà du texte : il a rédigé son propre commentaire dans la langue inventée que le jeu emploie pour le culte de Cthulhu, un hommage qui n'a de sens que pour celui qui a lui aussi plongé tête la première dans la mythologie.
Là où la patience s'épuise : il manque du jeu dans le jeu
Le reproche qui revient ne porte pas sur l'intrigue — il porte sur le genre : plusieurs critiques négatives soutiennent que Dagon n'est pas un jeu. La critique du 19 juin 2022 reprend cette même courte durée que louent les fans, mais comme un grief, et retourne l'éloge du doublage : celui qui écrit décrit l'interprétation du narrateur comme mécanique, sans émotion, presque un synthétiseur vocal qui lit le texte.
Le 15 octobre 2023, la plainte change de cible : l'expérience devient une suite de scènes figées qui n'avance qu'au clic, et les graphismes impressionnent, mais il n'y a nulle part où marcher, juste une icône qui mène à la scène suivante. La critique la plus récente, du 31 mai 2025, résume la déception en heurtant de plein fouet l'attente que charrie le nom de Lovecraft : elle espérait un jeu et a trouvé un livre illustré qui tourne tout seul ses propres pages — sans pour autant cesser de louer le visuel, car le grief porte sur ce qu'il reste à faire, pas sur ce que l'on voit.
À qui s'adressent trente minutes de panique racontée
Dagon convient à qui veut une première bouchée de Lovecraft sans engagement : le doublage, l'atmosphère et les capsules de contexte remplissent le rôle d'un cours d'introduction, et la courte durée se glisse dans n'importe quelle soirée sans exiger de dévotion. Il convient aussi à qui a déjà lu la nouvelle et veut voir la chambre, l'hôpital et l'île prendre corps, même en sachant que la créature du titre apparaît moins que le nom ne le laisse croire.
Il ne convient pas à qui cherche le contrôle. Sans déplacement libre, sans choix qui change le cours des choses, sans défi, celui qui veut jouer — au sens de décider, échouer, réessayer — se heurte au même mur que décrivent les témoignages les plus durs. Pour ces personnes, le format rend son verdict dès les premières minutes.